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Le Théâtre du Bolchoï au XXIème siècle

OPÉRA :

Cette année le Bolchoï a préparé une première d’opéra qui a été joué pour la dernière fois il y a 25 ans. Il s »agit de la magnifique oeuvre du compositeur russe Dorgomijsky d’après le poème de Pouchkine « Roussalka« ! Nous avons rencontré le célèbre basse moscovite M. Matorine lors de sa présentation à Paris à l’occasion du « Millenium »;. Il préparait le rôle dans « Roussalka » dont la première a eu lieu en juin 2000 avec un grand succès! Décidément le talent est inépuisable en Russie!

BALLET :

La renaissance du chef d’œuvre de Marius Petipa
C’est au Bolchoï que Pierre Lacotte vient de présenter en première mondiale son nouveau ballet « La fille du Pharaon« , relecture du ballet grandiose et spectaculaire de Marius Petipa, créé à Saint Petersbourg en 1862. Avec Petipa lui-même dans le rôle de Lord Wilson (Taor) à la création, ce spectacle, d’après « Le Roman de la Momie » de Théophile Gautier, eut un succès extraordinaire pendant des années.

Ainsi, Mathilde Kschessinskaïa, dans le rôle titre (Aspiccia ), brillait non seulement par sa technique mais également à cause des diamants de Fabergé offerts par les Romanov. Au Bolchoï, ce ballet fut monté en 1864, et même Anna Pavlova se déplaçait pour le danser.

Puis, en 1905, Alexandre Gorski créa sa propre version beaucoup plus dramatique. Marina Semionova fut, en 1928, la dernière Aspiccia au théâtre Mariinski. Maintenant, seule interprète encore en vie, elle assistait aux premières répétitions de Pierre Lacotte au Bolchoï. Il l’appelle « mon porte bonheur« . Mais à mes questions, elle répond aimablement qu’après 70 ans, elle a beaucoup oublié!

Pour Pierre Lacotte, l’invitation du Bolchoï à remonter ce ballet lui permettait de réaliser un vieux rêve. En effet, son professeur de danse Lioubov Egorova lui avait raconté et montré de nombreux fragments de ce spectacle où elle avait été une resplendissante Aspiccia. Mais il avait également entendu Kschessinskaïa, Preobrajenskaïa et Spessivtseva qui aimaient ce ballet, lui en parler.

La recherche des éléments dispersés de ce chef d’œuvre oublié (partition, chorégraphie, costumes, décors), fut très longue et l’obligea à consulter non seulement des archives dans différents pays mais à solliciter la mémoire directe ou transmise d’anciens danseurs. C’est ainsi que grâce à Jean Babilée, qui l’avait appris d’Alexandre Volinine, une variation originale de Gorski est intégrée au nouveau ballet. Cependant, si la partition de Cesare Pugni a pu être reconstituée, ce ne fut pas le cas pour la chorégraphie de Petipa. Seules quatre variations originales figurent dans le nouveau ballet en plus de celle de Gorski.

C’est donc pratiquement une nouvelle chorégraphie mais parfaitement conçue dans l’esprit et le style de Petipa qui nous est proposée. A l’origine, le spectacle durait quatre heures, trop long pour le public actuel. Des coupures raisonnables le réduisent maintenant à un peu plus de deux heures. Le décor et les costumes (plus de cinq cents) ont été également conçus par Pierre Lacotte et merveilleusement réalisés par le Bolchoï. Tout en gardant l’atmosphère de l’Egypte ancienne, il a su recréer des costumes splendides beaucoup plus contemporains que les originaux retrouvés sur les photos et les esquisses.

Après 6 mois de travail acharné de préparation à Paris et dix semaines de répétition au Bolchoï, la nouvelle « fille du Pharaon » (en trois actes et neuf tableaux) a remporté un vif succès auprès du public moscovite. Malgré le style pompeux de certaines scènes avec des défilés impressionnants, ce spectacle féerique et mystique se regarde avec un immense intérêt et les trois actes passent comme dans un souffle. Les danses des solistes et du corps de ballet sont magnifiques.

Trois couples très différents assuraient les rôles principaux (Aspiccia et Taor) des premières soirées: Nina Ananiaschvili au faîte de son art, très à l’aise dans son rôle et Serge Filin merveilleux dans tout le spectacle; Nadia Gratcheva dégageant un lyrisme extraordinaire et Nicolas Tsiskaridze très doué mais plus fantasque; Svetlana Lougnkina, jeune danseuse, gracieuse et montrant déjà d’extraordinaires possibilités et Dimitri Belogolovtsev très sérieux et appliqué. Parmi les autres interprètes, Maria Aleksandrova dans le rôle de Ramze, jeune ballerine de grand talent, charmait par l’absolue pureté de son style.

Mais dans l’ensemble, les artistes russes habitués à des mouvements amples et plus lents avaient parfois du mal à maîtriser la chorégraphie de Lacotte caractérisée par de petits pas précis et rapides. Andreï Ouvarov, grande étoile du Bolchoï, a même capitulé et refusé de danser dans ce ballet.

En 2003, le Ballet du Bolchoï vient à Paris, et nous pourrons sans doute voir « La fille du Pharaon« .



 

Le Théâtre du Bolchoï au XXIème siècle

par | 18 Mar 2000 | 0 commentaires

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