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Le comte paysan Tolstoï

Sur la photo, Tolstoï dans une tenue de paysans (une des photos en couleurs que Tolstoï fit faire pour le tsar en 1908 selon un procédé complexe de triple exposition; l’écrivain, photographié dans son domaine et portant son habituel costume, avait alors 80 ans).

Tolstoï est né en 1828 dans la grande propriété que possédait sa famille à Yasnaya poliana, à deux cents kilomètres au sud de Moscou.

Héritier d’un comte, il a connu d’emblée l’aisance et les privilèges de la noblesse. Étonnamment doué et énergique, il a mené une vie bourrée de contradictions : fils d’officier et officier lui-même, il a rédigé une chronique de guerre avant de devenir pacifiste ; noble, il a porté des vêtements de paysan; ce raffiné a choisi de vivre à la campagne.

Dans sa jeunesse, à Saint-Pétersbourg, il s’était adonné au jeu et aux fêtes mais, lassé de cette existence futile, il avait quitté la capitale pour se réfugier dans les montagnes du Caucase. Peu de temps après, il était allé combattre en Crimée, et son récit du siège de Sébastopol devait lui faire la réputation d’un auteur qui promet.

Mais, ni à cette époque ni plus tard, la littérature n’a dominé son existence. De retour à lasnaïa Poliana et toujours soucieux du bien-être de ceux qui travaillaient sur le domaine familial, il créa pour les enfants de paysans une école populaire dont il fut le principal enseignant. Il se livrait aussi aux durs travaux des champs.

A ce régime éprouvant vint s’ajouter la rédaction de Guerre et Paix. Ce qu’il y a de plus remarquable dans ce roman dont les six volumes furent publiés entre 1865 et 1869, c’est sans doute sa richesse. Rien de ce qui est humain ne lui est étranger. On y trouve l’amour, la poésie, la tendresse — «ce qu’il y a de meilleur dans l’homme», comme dit un personnage du livre, le prince André —, mais aussi les horreurs de la guerre. Il parle de la naissance, du mariage, de l’amour familial, des espoirs déçus, des déchirements du cœur et de la mort.

Chacun des nombreux personnages a sa personnalité propre et sa façon de s’exprimer. Un critique a remarqué que même les chiens dont il est question dans le livre sont individualisés. Tolstoï savait caractériser ses personnages. Présentant un vieil aristocrate, passé maître dans l’art de parler pour ne rien dire, il lui fait prononcer un compliment insincère et ajoute: «Comme une horloge qu’on a remontée, il disait par la force de l’habitude des choses qu’il ne souhaitait même pas que l’on crût.»

Cette œuvre monumentale terminée, Tolstoï éprouva encore un sentiment d’inaccompli. Il se remit à enseigner, médita sur la religion et s’abandonna aux joies simples de la dépense physique. «Je travaille, je fends du bois, je bêche, je fauche sans accorder la moindre pensée à la littérature et à l’horrible gent littéraire», écrivait-il à un ami. Mais bientôt il s’attela à cette peinture de la haute société russe qui allait devenir Anna Karénine.

La lecture de ce roman suscita chez Dostoïevski un tel enthousiasme, raconte un de ses amis, qu’il alla partout dans Saint-Pétersbourg, «agitant les bras et répétant que Tolstoï était le dieu de l’art». Mais le dieu en question n’allait pas tarder, lui, à se détourner de son œuvre; ses méditations religieuses l’avaient convaincu que l’art sous toutes ses formes était chose impie parce que fondée sur l’imagination, c’est-à-dire sur une tromperie, et il dénonça Anna Karénine comme une «abomination» dont il ne voulait plus entendre parler.

Les trente dernières années de sa vie, il les consacra à une recherche mystique, à la manière d’un de ces pécheurs repentis de Dostoïevski. Il devint une sorte de saint chez qui les gens allaient comme en pèlerinage. Protégé par sa renommée mondiale, il devint le censeur virulent du gouvernement et de l’Église. Il renonça à la viande, à l’alcool, à la chasse et au tabac, se mit à prêcher la résistance passive vis-à-vis des autorités et se forgea un christianisme bizarre adapté à ses besoins.

Il mourut de pneumonie en 1910, à l’âge de quatre-vingt-deux ans, dans des circonstances qui reflètent bien son tempérament impulsif. Il avait quitté sa femme avec laquelle il ne s’entendait plus pour rejoindre au Caucase un groupe qui partageait ses convictions et c’est là, dans une gare de province, qu’il trouva la mort. Ses dernières paroles furent du pur Tolstoï: «La vérité… J’aime les hommes… Comment vont-ils?»

Voir également :

Biographie
Yasnaïa Poliana et Tolstoï
La bibliothèque
Le cabinet de travail
La chambre à coucher
Le comte paysan
L’appartement
La sépulture

Liens externes :

– Yasnaya Polyana

Le comte paysan Tolstoï

par | 12 Oct 2005 | 0 commentaires

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